Oul'fath Bouraima : « La femme, sel de la vie, doit être en formation permanente »

18 mars 2024

Titulaire d’un master en sciences agronomiques spécialisée en production animale, Oul’fath Bouraïma est Directrice exécutive de l’ONG Institut Sciences Sud. Créatrice de contenus pour ’’Benin Sciences Web TV’’, elle a réalisé des capsules vidéo dans le cadre du projet ePOP Villes Durables en 2023. Sacré Grand Prix EEEJ la même année, elle fait partie des 100 jeunes africains sélectionnés comme Ambassadeur Panafricain de la Gouvernance de l’Internet (Pan Africa Young Ambassador of Internet Governance "PAYAIG").

- Oul’fath, quelle est votre conception de la femme ? Autrement dit, pour vous, qui est la femme ?

La Femme c’est la Femme.
C’est l’une des plus belles créations de Dieu. C’est un être complexe, doté d’un très grand potentiel, indispensable pour la survie de l’espèce humaine et l’équilibre de toute société. La femme, c’est le sel de la vie. Dois-je compléter que la femme est un être qui ne doit pas se sous-estimer ?
C’est la source de la vie et c’est dans la plupart des cas, la première école de tout être humain. La femme ne doit aucunement se sous-estimer. C’est un être à part entière, capable de faire des merveilles au delà même de l’imagination si on lui donne les moyens nécessaires.

- Vous-même êtes source de vie, première école de tout être humain ... Oul’fath, vous est-il déjà arrivé de vivre une situation particulière/ un traitement spécial ( en bien ou en mal ) pour la simple raison que vous êtes une femme ?

Oh, bien sûr que oui !

- Partagez-la avec nous.

Je me rappelle en 2019, lors de mon stage de licence sur une ferme à N’dali. Nous étions un certain nombre de stagiaires hommes et femmes. Il y avait plusieurs activités à faire comme la récolte du fourrage dans la brousse pour les animaux, la recherche du bois pour le feu, la cuisson du son de soja et le balayage de la ferme. Parce que je suis une femme, les trois dernières tâches m’ont été assignées me privant de l’opportunité d’explorer aussi les réalités de la première et de développer de nouvelles compétences. J’ai estimé cela préjudiciable pour ma formation et me suis rebellée au bout d’une semaine. Cela a permis d’instaurer pour le reste du stage, un système de rotation qui a permis à tous d’être au contact de toutes les tâches. A une autre occasion de stage, j’ai été claire : ma place en ces lieux, n’est pas à la cuisine. Quand je veux, je prépare pour les hommes mais je leur ai fait comprendre que ce n’est aucunement une obligation pour moi. C’est une faveur et non un droit pour eux.

Au cours d’un autre stage, j’ai voulu accompagner les animaux au pâturage mais il m’a été demandé de m’en abstenir. La raison évoquée a été que je suis une femme et que je ne pourrai alors pas tenir la distance. Ce jour-là, je n’ai pas conduit les bêtes. En dépit de mon application sur une ferme à Parakou pendant plusieurs mois et les recherches étaient en cours pour recruter un gestionnaire, le poste ne m’a pas été proposé. Le motif est le même : je suis une femme et l’inquiétude est : est-elle assez forte pour assumer une telle responsabilité ?
Heureusement, j’ai connu aussi des situations où j’ai été soutenue par les hommes. Pendant les travaux pratiques dans les champs par exemple, nous recevions sans distinction de sexe, la même superficie de terre à labourer. Il faut reconnaître que le rythme de travail n’était pas le même et les hommes finissant plus tôt, nous venaient en renfort. Cela m’a aidé à m’accoutumer aux travaux champêtres et à trouver mon rythme. Par ailleurs, l’idée selon laquelle la femme est meilleure gestionnaire m’a souvent profité au cours de mon parcours universitaire. J’ai aisément occupé et à plusieurs reprises le poste de trésorière d’association car mes camarades me confiaient facilement leur argent.

- A une jeune fille qui se retrouve dans votre situation, diriez-vous donc que l’agronome n’a pas de sexe et que homme et femme du métier doivent faire les mêmes expériences ?

Oui, exactement ! Nous sommes sur le même marché de l’emploi et devons avoir une formation complète quel que soit le sexe.

- Vous est-il déjà arrivé de regretter d’être une femme ?

Non, jamais ! Si je devais revenir au monde, je reviendrais femme.

- Un mot de la fin ?

« C’est à nous femmes, de prendre notre destin en mains pour bouleverser l’ordre établi à notre détriment et ne point le subir », disait Mariam Bâ, dans son roman "Une si longue lettre". J’affectionne particulièrement cette phrase de Mariam Ba. Les plaintes ne changeront pas les choses.
Car réserver la responsabilité des obligations morales et valorisantes à la gent masculine est une forme de "Démission’’ et un aveu d’ "Incapacité".
Nous FEMMES, devrions avoir pour cheval de bataille les 3L de Christine Lagarde pour changer la donne :

✓Learning (Apprentissage) pour permettre à la femme de se prendre en charge et de briser les chaînes de l’exclusion

✓Labour (Travail) pour l’épanouissement et l’expression du potentiel

✓Leadership pour donner aux femmes la possibilité de se lever et d’exploiter leurs aptitudes innées et leurs talents

La femme doit être en formation permanente, afin d’acquérir de nouvelles compétences et de participer activement au développement de son pays. Nous devrions prendre nos responsabilités et nous mettre au travail.

Propos recueillis par Frédhy-Armel BOCOVO (Coll)



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