Prof. Achille Massougbodji : « L’Afrique sera probablement le prochain épicentre de la Covid-19 »

Fulbert ADJIMEHOSSOU 29 juin 2020

Contrairement aux idées conçues au début de la pandémie, l’Afrique ne sera pas épargnée par la Covid-19. En témoigne déjà la croissance des nouveaux cas ces derniers temps dans certains pays dont le Bénin. Après l’Asie, l’Europe et actuellement l’Amérique, c’est peut-être le tour des Africains, pense savoir le Professeur Achille Massougbodji, Membre de l’Académie Nationale des Sciences, arts et lettres du Bénin. C’était au cours de sa communication lors d’une séance spéciale organisée par l’Académie à l’UAC le vendredi dernier. « Actuellement, l’épicentre de la maladie s’est déplacé de l’Asie vers l’Europe, de l’Europe à l’Amérique du Nord. Aujourd’hui c’est le Brésil. On peut raisonnablement penser au regard de l’évolution de la situation et des chiffres chez nous que l’Afrique sera probablement le prochain épicentre de cette pandémie », a-t-il déclaré. A cet effet, il pense que l’Afrique doit plutôt mieux se préparer, ne pas surtout faire du mimétisme et ne compter qu’avec ses ressources.

« Eviter de copier ce qui se fait ailleurs »
Et si le Bénin n’a pas choisi le confinement total, mais plutôt un confinement partiel à travers la mise en place du cordon sanitaire, c’est, explique-t-il, compte tenu des réalités locales. « Le confinement n’a pas pour objectif d’arrêter l’épidémie. Le confinement a pour objectif de freiner l’épidémie de façon à ce que les cas graves qui arrivent dans le système sanitaire ne soient pas débordés par les capacités de prise en charge sanitaire. Si on ne fait pas attention à cela, on peut copier des gens, d’autres pays », a-t-il insisté. Ainsi, face aux réalités sur place, avec quelques dizaines de lits de réanimation essentiellement dans les principales villes, il faut éviter d’en arriver à une déstabilisation de notre système sanitaire. « Nous ne pouvons pas espérer prendre en charge, même de façon modulée une explosion de l’épidémie », avoue le chercheur pour qui il faut éviter « copier ce qui se fait ailleurs mais réfléchir par rapport à nos réalités ».
Au cours de sa communication, l’enseignant-chercheur qui a longtemps travaillé sur de grandes endémies dont le paludisme, a expliqué l’origine de la pandémie, ses manifestations. « On retrouve le virus au niveau de la bouche, du sang et des selles. On le trouve dans l’urine et le sang mais en quantité suffisante pour être d’un intérêt diagnostic évident. Ce qu’on sait qui est important, c’est qu’en fonction de la nature des surfaces, ce SARS-CoV-2 survit dans la nature de 1 à 9 jours. Il reste sensible à l’eau de Javel, à l’eau oxygéné et à l’alcool… ». Pour lui, la pandémie était prévisible avec le système de surveillance des virus émergeants. « Dans les deux dernières années, il y a eu au moins deux alertes qui ont fait objet de publication scientifique et qui évoquaient l’imminence d’un passage à l’Homme de ces virus. Donc il ne s’agit pas d’un phénomène tout à fait nouveau. C’était un phénomène connu et relativement prévisible ». Il a par ailleurs noté qu’il n’y a pas de transmission mère enfant comme dans un certain nombre d’affections virales.





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