Utilisation des méthodes contraceptives : Une pilule qui divise les couples

La rédaction 11 septembre 2020

La planification familiale devient l’objet de division dans les couples au Bénin. Les femmes, dans le souci d’espacer les naissances, se sentent parfois influencées soit par la belle-famille soit par l’époux.

Au Bénin, les méthodes contraceptives peinent à être acceptées par l’entourage dans les familles. Les femmes sont souvent influencées par leur belle famille lorsqu’elles décident d’appliquer ces méthodes. Certaines d’entre elles discutent avec leur partenaire du nombre d’enfants et de l’espacement d’âge de naissance, qui malheureusement n’accepte pas cette décision. Et même la belle famille s’y oppose. Noëllie S., mère de deux enfants dont l’un a 20 ans et l’autre 13 ans en est un exemple. L’air troublée, la cinquantenaire confie : « Mon travail ne me permet pas d’avoir d’autres enfants. Après avoir compris la situation, mon mari et moi avions décidé d’utiliser une méthode de contraception. Ma belle-mère n’était pas d’accord pour que j’utilise la pilule, car pour elle, un enfant est une richesse. Elle a alors gardé en tête que j’étais seulement intéressée par l’argent de son fils. Ça n’a pas été facile pour mon mari et moi ». De même, Mariette, maitresse couturière âgée de 45 ans n’a qu’un seul fils de 18 ans. Elle a appliqué la contraception dans le but de ne plus avoir d’enfant à cause de son travail. Etant mal vue et détestée par sa belle-famille qui demandait à son époux de prendre une seconde femme, cette dernière a décidé d’arrêter la planification qu’elle avait faite pour pouvoir procréer à nouveau, mais des complications sont survenues. « A un moment donné, je n’avais plus mes menstrues et ce jusqu’à présent alors que j’avais 38 ans à cette époque. Je ne peux donc plus concevoir », se plaint-elle. Bertrand, un agent de sécurité raconte son expérience : « Lorsque j’ai décidé de ne faire qu’un seul enfant, ma mère et ma femme n’étaient pas d’accord car ma femme est l’unique à ses parents. Puisque je ne suis pas de leur avis, je l’ai obligée à faire la planification ». Nonobstant cela, les méthodes contraceptives sont vues comme un moyen d’accès à l’infidélité pour les femmes, surtout lorsqu’elles le font derrière leur partenaire. « La femme qui applique la contraception sous le toit de son mari sans le consentement de ce dernier, est une infidèle. Le jour que j’apprendrai que ma femme a fait une contraception, elle sera renvoyée chez sa famille. L’homme n’a pas à décider du nombre d’enfant qu’il veut faire sur cette terre, après tout c’est Dieu qui donne » confirme M. Roger père de deux enfants. Selon Dr Karen Ganye, sociologue en santé, les conflits naissent à plusieurs niveaux. « Il peut s’avérer que la femme veuille d’enfants. Mais avec l’espacement de naissance, elle est contrainte de se mettre sous planification. Ou c’est la femme qui n’en veut plus et l’homme insiste pour en avoir. Donc, elle le fait à son insu », dit-elle.
Audrey SEGBO et Kyrielle ALAPINI (Stags)





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